"Ces allègements de grille paraissent mal correspondre aux exigences d’une radio internationale de référence"
Jean-Paul Cluzel, le 6 juillet 2012
Présentée comme un remaniement mineur, le projet de grille unique à RFI est en réalité lourd de menaces pour l’identité de la radio. Ce projet n’existe que dans l’optique de réaliser des économies à RFI pour permettre à France 24 de se développer. Dans le rapport de Jean-Paul Cluzel, celui-ci invoque l’argument financier pour maintenir la grille unique : « Mais le coût d’un retour éventuel aux grilles anciennes, par rapport à l’actuel projet de « grille unique » pour RFI et les nouvelles matinales de France 24, se poserait dans tous les cas de figure. Ce surcoût a été évalué à 2,3 millions d’euros. »
Un projet qui menace l’auditoire de RFI sur toutes ses cibles. La grille unique risque de ne faire que des mécontents. Tous les auditeurs perdraient leurs repères. Quelques exemples…
- Disparition quasi-totale des émissions culturelles (à part les émissions musicales) : plus de cinéma, plus de littérature, plus de rendez-vous avec les créateurs qui participent au rayonnement artistique de la France. "Les Africains ne s’y intéressent pas", répètent à l’envie les directrices de l’Information. Les élus du personnel ont demandé les études sur lesquelles se basait cette affirmation, elles ne leur ont jamais été communiquées.
- Disparition ou relégation des émissions traitant les sujets européens : "Carrefour de l’Europe", plusieurs fois primé, est supprimé. "Accents d’Europe", sur la vie quotidienne des Européens, serait diffusé seulement dans la nuit sur le Monde (avant sa suppression pure et simple, disent ses concepteurs, qui s’appuient sur des échanges avec la direction). Là encore, l’Europe n’intéresserait pas les Africains. Dans ce cas également, les élus du personnel ont demandé les études sur lesquelles se basait cette affirmation, elles ne leur ont jamais été communiquées.
- Des horaires de diffusion uniques et … baroques : La revue de presse Afrique ne serait diffusée qu’une fois à 5h20 TU, extrêmement tôt en Afrique de l’Ouest… tandis que la revue de presse France ne serait diffusée qu’une fois également à 9h13 heure de Paris… extrêmement tard pour la France et l’Europe. Quelle justification à part celle de dégager du temps pour le journaliste affecté à la revue de presse, bientôt chargé d’en préparer une version "télé", comme le confient les responsables de la rédaction ?
De même, le reportage France est supprimé six jours sur sept (diffusion unique le samedi). Pourquoi ? Personne ne répond.
- Suppression des éditoriaux "politique" (A. Genestar) et "Afrique" (J.-B. Placca) : la réflexion cède le pas face à l’information "à chaud", alors que tous les médias – y compris les radios d’information en continu – cherchent à donner du sens et à expliquer les faits bruts, désormais annoncés en temps réel grâce à Internet et aux réseaux sociaux.
La direction de RFI cache son projet réel derrière des arguments plus que discutables
- Les moyens manquent après deux plans de départ volontaire. C’est faux.Le personnel de RFI est exténué, c’est vrai. Mais les émissions supprimées ne sont pas toujours celles qui étaient assurées par des candidats au départ. Et dans le cas des émissions culturelles, il y a des volontaires pour prendre le relais.
En réalité, cette grille entérine le siphonage des moyens humains de RFI vers France 24. Elle se traduit, par exemple, par la suppression de 4 postes de journalistes-anchormen et d’une vacation de présentation du soir (occupée par 2 journalistes-présentateurs). Or, seuls 3 présentateurs et 2 SDR sont partis ou en partance. Ce qui rend impérative cette coupe claire dans les effectifs de la présentation, c’est plutôt le départ pour France 24 de 2 journalistes de l’encadrement. RFI se retrouve dans l’obligation de pallier les départs volontaires … vers France 24 et les transferts de personnel vers la télévision.
- Le "breaking news" : un autre argument qui ne tient pas la route. La grille unique ne donnera pas plus de souplesse : en matinale, par exemple, tous les journaux seront encadrés par des décrochages (vers le Monde ou vers l’Afrique) alors que dans la grille actuelle, il existait une certaine flexibilité à l’intérieur des 2 grandes tranches d’information, chacune vers son public spécifique.
De plus, actuellement, la plupart des émissions sur l’antenne Afrique, par exemple, sont déjà réalisées en direct. Bref, il serait aussi difficile – ou aussi facile – de "casser" une antenne aujourd’hui que demain.
- Contrairement à ce qu’affirme la direction, beaucoup de salariés seraient touchés.
La liste des émissions supprimées* en est une première preuve pour les journalistes. Mais les TCR (Techniciens chargés de réalisation) de l’information sont aussi touchés. En effet, rares sont ceux qui seront en charge d’une tranche d’information (puisque la moitié d’entre elles sont supprimées). Les autres devront se contenter d’un travail mécanique et répétitif sur des journaux appauvris, alors que la création il y a 3 ans de grandes tranches d’information sur les cibles Monde et Afrique avait redynamisé les équipes. Pour beaucoup de TCR, l’appauvrissement de leur métier ouvre clairement la voie à une externalisation, sur le modèle de la technique de France 24, entièrement assurée par un prestataire privé.
- Le véritable projet : une radio de flux, taillée sur mesure pour la fusion radio – télévision.
Le projet de grille unique est une première étape vers le passage d’une radio centrée sur des programmes d’actualité, crée avec succès à partir de 1997, à une radio d’information dite "chaude", toujours plus rapide et répétitive. Une radio appauvrie sur laquelle il sera facile de transférer le son de la télévision France 24, à tout moment. Une radio dans laquelle on pourra enregistrer quelques images de piètre qualité, transposables sur France 24.
Avec le projet de grille unique, l’avenir de RFI n’est ni ambitieux ni mobilisateur. Il renvoie au contraire à une fusion radio-télé mortifère, déjà expérimentée dans les années 1980. Il s’agissait des "radio FR3", une catastrophe industrielle dont la radio et la télévision publiques ont mis des années à se remettre.
Pour toutes ces raisons et parce que ni Madame Anne-Marie Capomaccio, ni les autres directeurs liés à Alain de Pouzilhac ne possèdent l’impartialité, la crédibilité, et les ressources pour être les auteurs de la sortie de crise, les élus du CE de l’intersyndicale refusent d’être convoqués comme des « toutous », de lever la patte ou d’aboyer alors que la caravane passe.
La situation de blocage du dialogue social est à l’image de celui de l’entreprise.
*Les émissions qui disparaissent grille unique ou pas
"Culture Vive" (P. Paradou), "Cinémas du monde" (Catherine Ruelle), "Littérature sans frontière" (Sophie Ekoué), "Sur la route" (J.F. Loiseau), "Le débat du jour" (J. F. Cadet), "Carrefour de l’Europe" (Daniel Desesquelle), la chronique politique d’A. Genestar et l’éditorial africain de J.B. Placca, le reportage France (6 jours sur 7), la revue de presse Amériques, la moitié des diffusions des revues de presse Afrique et France, ainsi que la moitié des tranches d’information qui étaient diffusées soit vers l’Afrique soit vers le Monde.
RFI
FO – SNJ – SNJ/CGT – SNRT/CGT – SUD