Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République Française
Nous avons été informés vendredi dernier des intentions de la Direction de l’Audiovisuel Extérieur de la France concernant les émissions en langues étrangères de Radio-France Internationale.
Ces 19 langues dans lesquelles nous émettons, elles sont notre atout. C’est à travers elles que nous portons dans toutes les parties du monde les valeurs de la France, de l’Europe. Et c’est bien ce qui confère à RFI une place exceptionnelle, réellement unique dans le paysage audiovisuel français. Ces langues sont un complément indispensable de la Francophonie, car elles permettent de lui associer ceux de nos auditeurs qui ne parlent pas le français. Les derniers chiffres attestent le net recul du français dans le monde, notamment en Europe. Six rédactions sont menacées de fermeture pure et simple : la polonaise, l’allemande, la serbo-croate, l’albanaise, la turque et la laotienne.
Les liens d’amitié liant la France et la Pologne, la nécessité de concourir à une meilleure intégration européenne de la Pologne et de promouvoir la francophonie, plaident en faveur du maintien de ces émissions.
Pour la rédaction allemande, il serait étrange de se priver d’un trait d’union indispensable entre les deux partenaires du couple leader de l’Union Européenne, surtout en ces temps de tensions et de malentendus.
S’agissant du serbe et du croate, il paraît essentiel de conserver par la radio un lien privilégié entre la France et les Balkans, zone toujours instable, mais qui aspire à intégrer l’Union Européenne et l’Union pour la Méditerranée chère à la Présidence française.
Le maintien des émissions en albanais est indispensable, non seulement pour accompagner le rôle pacificateur de la France présente militairement au Kosovo, mais aussi pour conforter les liens avec l’Albanie, maillon essentiel de l’Union pour la Méditerranée.
Pourquoi les émissions turques sur internet doivent-elles disparaître malgré l’importance géostratégique d’un pays balançant entre Orient et Occident, sans parler de la très importante diaspora turque installée en Europe.
Nos auditeurs du Laos auraient bien du mal à comprendre qu’on les prive d’émissions qui n’ont d’autre but que de promouvoir la démocratie et l’ouverture.
D’autres rédactions s’éteindront sur les ondes et seront cantonnées à la toile. Le Persan qui couvre l’Iran, l’Afghanistan et les Tadjikistan, la zone de tous les enjeux géostratégiques du monde actuel. Le chinois, doit-il s’effacer sur les ondes, alors que le site web chinois est censuré et souvent bloqué par les autorités chinoises. La France, doit-elle renoncer à se faire entendre en Russie qui ambitionne à redevenir une super puissance ?
Nous comptons sur vous, Monsieur le Président, pour continuer à défendre les intérêts de la France à l’étranger.
Les responsables des rédactions de RFI concernées
Paris, le 28 octobre 2008