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Archive for 25 avril 2009

Courage, fuyons !!!!

Dans Le Canard Enchaîné du 22 avril, cette brève tout à la fois drôlatique et sidérante…  

 » Panique au sommet de Radio France internationale (RFI) où la directrice générale, Christine Ockrent ne se rend pas tous les jours à son bureau et prend soin, depuis peu, de ne jamais quitter les lieux par l’entrée principale de la station, la porte F de la Maison de la radio. Explication : en ces temps de plan social (206 postes vont être sucrés), la malheureuse redoute, comme elle l’a confié à son entourage, d’ « être séquestrée » par les salariés, comme une vulgaire patronne de PME ! Du coup, Ockrent prend toujours la tangente par une porte plus discrète.

Dans sa grande bonté, Le Canard n’indiquera pas laquelle. »

 

 

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Lu dans le quotidien Libération du 21 avril 2009 , l’article de Tiphaine Saliou :

 »  Au siège de la station, témoignages de journalistes étrangers menacés de licenciement.

L’air perplexe, la journaliste du service russe de Radio France internationale (RFI) examine la borne internet flambant neuve installée à l’entrée de la rédaction parisienne. Et soupire. «Regardez, elle ne marche même pas. La station en a installé cinq, pour environ 30 000 euros. En comparaison, la diffusion des programmes étrangers en Ile-de-France coûtait 80 000 euros par an.» Mais à RFI, radio qui relaie depuis plus de trente ans l’actualité en 20 langues et dans 74 pays, la promotion des langues ne semble paradoxalement plus prioritaire. Et le long couloir dévolu aux rédactions étrangères fait figure de village d’irréductibles.

Le «plan de modernisation» lancé en janvier par la direction du tout nouvel Audiovisuel extérieur de la France (AEF), qui rassemble RFI, France 24 et TV5 Monde, prévoit la suppression de 206 emplois à la radio, dont 67 dans les rédactions de langues étrangères. Et si toutes sont concernées par les licenciements, l’histoire de six services, elle, s’achève définitivement. Terminé l’allemand, le polonais et le roumain. Adieu Albanais, Laotiens et Serbo-Croates. Les rédactions persane, chinoise, russe et vietnamienne, dont les émissions sont en sursis jusqu’en 2011, se renforcent, elles, sur Internet. Curieuse idée pour des pays où la censure sévit sur le Web. Partout, sur les vitres, les pétitions s’accumulent, la résistance s’organise et le corridor prend des airs de bastion assiégé. Quelque  2 000 signatures de personnalités françaises ou étrangères, comme le cinéaste Roman Polanski, l’écrivain Michel Tournier, le député européen socialiste Vincent Peillon, côtoient des mots d’auditeurs sensibles à la disparition de «cette fenêtre sur la France et l’Europe».

Statut. Dans les bureaux, c’est l’incompréhension, la colère, l’abattement. «Le message est clair : ils nous disent qu’on ne sert à rien», lâche un journaliste serbo-croate. Surtout, une nouvelle inquiétude pointe face au projet de plan social récemment remis aux syndicats : la distinction faite entre les salariés français et étrangers. Une différence de statut qui pourrait bien entrer en compte lors des propositions de reclassement, même si la direction se défend, dans un communiqué interne, de toute inégalité de traitement entre ses collaborateurs, «quelles que soient leurs nationalités, leurs origines».

Une tentative d’apaisement qui ne convainc pas. «Il n’y a personne dans ma rédaction qui pense être reclassé», affirme le journaliste des Balkans. Car, pour la direction, l’accent semble poser problème. Un autre renchérit : «Nous avons le sentiment d’être discriminés. La direction vante la diversité de la station, mais elle a clairement des doutes sur nos capacités en langue française. Evidemment, nous ne sommes pas tous capables de tenir l’antenne en français, mais il existe d’autres possibilités au sein de l’entreprise.»

Du côté de la rédaction roumaine, où sept des neuf journalistes sont sur la sellette, la situation vire au drame : «On en est arrivé à analyser nos chances de rester ou de partir. C’est embarrassant et humiliant.» Surtout que, dans le couloir des langues étrangères, la moyenne d’âge avoisine les 50 ans. Alors il est souvent inutile de discuter reconversion… «Comment voulez-vous que l’on retrouve un travail comme journaliste quand on a travaillé vingt ans en France dans une langue étrangère ?» s’indigne un reporter polonais. Tous citent l’exemple du plan social de la BBC. «Là-bas, tout a été fait dans la transparence. Ils l’ont annoncé un an à l’avance et les gens ont eu le temps de se retourner.» Ici, au contraire, les informations tombent au compte-gouttes : le rendez-vous est fixé au 29 avril, date du prochain comité d’entreprise (CE).

Les rédactions avaient pourtant vu le coup arriver. «On a toujours été les parents pauvres de la station. Et depuis quelques années, la politique des directions successives s’est durcie : on nous coupe les moyens, les fréquences, le nombre d’employés», explique une journaliste allemande. Le 5 mars, la totalité des rédactions a cessé d’émettre en moyennes ondes en région parisienne. Les programmes ne sont désormais diffusés qu’à l’étranger et sur Internet.

Houleux. Ce qui irrite les employés, ce sont surtout les arguments de la direction, «ni valables ni justifiés», notamment la baisse prétendue de l’audience. Un argument fallacieux et parfois faux que la direction a fini par abandonner lors d’un CE plutôt houleux, qui s’est soldé par le départ précipité du président de RFI et de l’AEF, Alain de Pouzilhac, sous les huées.

Les «raisons géostratégiques» évoquées ont encore plus de mal à passer. En particulier l’argument ressassé de la direction, qui voit dans la chute du mur de Berlin une bonne raison de mettre fin aux émissions en langue allemande. Choquée, la rédaction rappelle le but de ses programmes : parler de la France aux Allemands. «Le mur de Berlin n’a jamais été notre raison d’être. Nos programmes ne sont pas motivés par la guerre froide. Ils n’étaient pas censés combler un manque d’informations sur l’Allemagne», argue-t-elle dans une lettre ouverte. «C’est incroyable. Jamais quelqu’un de la direction ne s’est présenté pour savoir ce que l’on fait», enrage un journaliste.

La nouvelle stratégie de RFI prévoit un redéploiement vers le continent africain – où la radio réalise 80 % de son audience -, grâce notamment à la création de rédactions en swahili, en haoussa, langue commerciale d’Afrique de l’Ouest, mais aussi en portugais et en anglais, pour séduire les anciennes colonies britanniques et lusophones. Dans la rédaction serbo-croate, on s’indigne : «C’est quoi, cette stratégie ? Une politique néocoloniale à l’égard de l’Afrique ?»

Nostalgique, un journaliste polonais évoque le rayonnement de la francophonie, aujourd’hui révolu. Avant de conclure, amer : «Les journalistes sont ici depuis trente ou quarante ans. Ils connaissent la France à fond. Un outil comme ça, ça ne se refait pas.» « 

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